Le début des années 70
peut être considéré comme un stade préliminaire de la grande épopée
skateboardienne. A l'époque, les styles sont loin d'être figés et définis :
l'aspect vestimentaire et le matériel importent peu. Les skateurs se cherchent
et tentent de trouver une image adaptée à leur nouvelle discipline. L'écrasante
majorité des riders est alors "fun" culture très proche du surf, aujourd'hui
légèrement désuète ... Les fringues étaient près du corps : shorts de foot sous
vide, petits T-shirts fluos et Converse All Star aux tons bien "délire". Tout
bon surfeur du macadam se devait de porter des protections (coudières,
genouillères, casque, gants, etc ..)elles aussi "flashy". Bref, les skateurs des
années 70 ressemblaient étrangement à des clowns de marque de lessive ou à des
danseurs de la série Fame.
Le matériel
était tout aussi expérimental. Les fabrications "artisanales" donnaient
naissance à des planches à 4 trucks (appelées "8 roues") du grip très épais
(nommé "pizza") des boards en fer, des trucks à suspension et autres délires en
tous genres. Les figures étaient très peu développées (le ollie est apparu dans
les années 80 pour rester un trick mythique un bon bout de temps...). Les lieux
de "débauche" se limitent aux pools (piscines en béton) et aux grandes rampes,
le tout en freestyle. Les riders sont loin de réaliser des exploits techniques
notamment question hauteur.
Puis, petit à petit, un
style plus hardcore s'impose. C'est l'émergence du street skating et d'une
industrie propre à la planche à roulettes. Des marques telles que Powell, Santa
Cruz ou Airwalk contribueront à l'essor de la discipline.
Vers 1986/87,
la lame de fond est lancée : les tricks prennent de l'ampleur et le style se
radicalise. 2 catégories de skateurs cohabitent : d'un côté les "fun skateurs"
dont les fringues se sont élargies(chaussures rouge tomate, petits lézards fluos
comme motifs, bandeaux dans les cheveux et autres attributs rappelant les années
70) et de l'autre, une tribu habillée de façon quasi similaire (le fluo en
moins) qui écoute du hard rock, boit de la bière et porte le phénomène
"trasher"à son apogée. La révolution est amorcée et enterre définitivement les
"Flash/Fluo/Fun" que la honte commence à ronger...
Les protections sont
définitivement brûlées, on opte pour les croûtes et le sang qui collent aux
poils et les cheveux sont portés longs et gras. La garde-robe se compose
principalement de shorts cargo et de jeans délavés ornés bien sûr de quelques
déchirures négligées qui accentuent le côté rebelle.
Les tricks changent
fondamentalement et on assiste à une explosion du skate de rue. Les riders
découvrent le formidable potentiel, jusqu'alors ignoré, que peut offrir le
mobilier urbain. : les marches, les gaps et autres "cadeaux" de la rue
(trottoirs, poubelles, bornes d'incendie) qui élargissent le panel de tricks. La
mode est aux ollies, boneless, no comply, weelings et autres sauts en
banks...
Cette mouvance se
dévellope jusqu'en 1990/91. Les skateurs se métamorphosent en techniciens avec
l'arrivée des flips, late flips, late shovit, pressure flips, 3-6 flips et flipy
tricks. Le flat gagne du terrain et la mode thrasher rebelle s'estompe peu à
peu.
Le style s'affûte
pendant quelques années. De l'époque "Mike Vallely", on passe à celle de "Myke
Carrol". Le milieu devient de plus en plus strict, limite sectaire entre 92 et
93. La "big pants small whells" attitude ("gros pantalons et petites roues" pour
ceux qui dorment en cours d'anglais !) a la vie belle.
La technicité est
le critère de référence et les olds schools de la vague trasher sont montrés du
doigt : les moderns boys se foutent de leur gueule et leur style est qualifié de
bourrin.
C'est en fait une période clé pour le skate. Les tricks sont
exécutés en switch (renter un tricks avec le pied d'appel opposé), en nollie, à
base de flips et de variations, le tout à ras du sol.
Les pantalons
couleur kaki portés larges et découpés en bas afin de laisser apparaître les
chaussettes sont une véritable obligation. Aux pieds, les Puma Clyde, les Adidas
Gazelle ou les Airwalk One tiennent le haut du pavé et les rollers qui
revendiquent l'originalité de leur baggies troués sont en retard de 3 ou 4
ans.
Cette "ère" fut tellement excessive qu'une majorité de pratiquants
lâchent l'affaire, la technicité ne laissant pas de place au plaisir du ride.
Les roues étaient tellement petites qu'il devenait pratiquement impossible de
rider des surfaces un peu trop rugueuses. Un gros passage à vide se profile donc
à l'horizon....
Le skate flirte alors trop avec l'undergroud et se coupe
du grand public. Entre 93 et 96, la pénurie de riders se fait cruellement
sentir. Le cercle infernal est en marche : moins de public, donc moins de
sponsors, de moyens, de contestes et d'événement !
Durant cette crise, certains olds
schools qui s'étaient éloignés de la discipline créent leurs propres marques
dont l'esprit s'inspire de la mouvance hardcore, réactualisées façon 1995.
L'exécution des tricks changent fondamentalement sans pour autant délaisser la
technicité. Les flips sont décollés haut et doivent être plaqués en l'air. Les
gaps, longtemps laissés aux oubliettes, reviennent en force. Désormais, on
s'habille clean et hip-hop. La mode est aux jeans baggies portés bas mais pas
trop large. De plus l'intolérance diminue : les olds schools sont respectés, le
style East Coast ayant remis à la mode les tricks tels que les wallies et les
bonelless. Un état d'esprit encore de mise pour 1998... Pour ce qui est de la
mode actuelle, inutile de vous la décrire puisqu'il vous suffit de regarder les
riders du coin, de feuilleter des magazines spécialisés ou encore de vous
contempler dans la glace si vous êtes vous mêmes skateurs.